
Fin février, tard le soir. Je m'en souviens parce que la bise de Saint-Etienne s'engouffrait encore sous la porte d'entrée. J'étais seule dans ce qui allait devenir la « Chambre 2 », armée d'une spatule pour décoller un lé de papier peint fleuri qui tenait plus par habitude que par colle. Et là, derrière le papier, le choc : une floraison de moisissures noires, bien grasse, qui semblait me narguer. L'odeur de pierre humide et froide m'a frappée au visage. Notre projet de colocation était en train de s'asphyxier littéralement.
Avant d'entrer dans le vif du sujet, un petit mot : ce carnet de bord contient quelques liens affiliés. Si vous cliquez dessus pour un achat, je perçois une commission sans que le prix ne change pour vous. Je ne partage ici que les outils et formations que mon frère et moi avons réellement utilisés sur notre chantier, entre deux coups de massue et trois tableurs de paie. Je ne suis ni experte en bâtiment, ni conseillère en gestion de patrimoine, juste une proprio qui apprend en faisant des bêtises.
Le réveil brutal face à l'humidité stéphanoise
On s'était pourtant dit qu'on faisait les choses bien. Quelques mois plus tôt, nous avons dû changer les fenêtres de l'appartement ancien pour du double vitrage PVC tout neuf et bien étanche. Le problème ? On a transformé l'appartement en une sorte de Tupperware géant. Dans ces vieux immeubles de la fin du XIXe siècle, les murs épais « respirent » un peu, mais dès qu'on isole sans ventiler, c'est le drame. L'air chaud des douches et des pâtes qui cuisent sature l'air, et la vapeur d'eau vient se condenser sur les zones les plus froides : les coins de murs donnant sur l'extérieur.
Mon frère, avec son pragmatisme habituel, a regardé la tache noire et a simplement dit : « Pauline, on ne peut pas louer ça. On va devoir poser une VMC, une vraie. » On a passé une semaine entière à débattre entre le « simple flux » et le « double flux » en fixant les vieux conduits de cheminée. Le double flux était hors budget et techniquement impossible sans sacrifier 30 cm de hauteur sous plafond partout. On est donc partis sur une VMC hygroréglable, qui adapte son débit en fonction du taux d'humidité. C'est le compromis idéal pour ne pas jeter toute la chaleur par les fenêtres tout en évitant de vivre dans une cave.

L'épreuve de force : percer la pierre de taille
C'est là que les choses sont devenues sérieuses. Pour installer une VMC, il faut des bouches d'extraction dans les pièces humides (cuisine, salle de bain, WC) et, surtout, une sortie vers l'extérieur. À Saint-Etienne, les murs porteurs ne plaisantent pas. On parle de 40 cm de maçonnerie solide. Un samedi d'avril, on a loué un perforateur-burineur de compétition. Je me revois encore, mon masque de protection de travers, en train de tenir l'aspirateur pendant que mon frère attaquait le mur pour créer le passage de la gaine de cuisine.
Le bruit était assourdissant, mais c'est la poussière qui a été la plus marquante. Une poussière de calcaire fine, grisâtre, qui s'infiltrait partout. J'en ai eu le goût crayeux et métallique dans la gorge pendant deux jours, malgré le masque. On s'est regardés, couverts de plâtre de la tête aux pieds, et j'ai eu cette pensée fugitive : « On travaille dans des bureaux d'habitude, qu'est-ce qui nous a pris de croire qu'on pouvait carotter un mur en pierre ? » On a réalisé à ce moment-là qu'on gérait ce chantier comme une suite d'incendies à éteindre, sans aucune vision d'ensemble sur le séquençage des travaux.
C'est à cette période qu'on a décidé de s'arrêter un instant pour structurer notre approche. On a investi dans la formation L'ascension. Ce n'est pas un manuel de bricolage, mais ça nous a aidés à arrêter de voir chaque problème comme une montagne insurmontable. Ça nous a donné le cadre pour traiter notre colocation comme un vrai projet professionnel, en anticipant les étapes. Au lieu d'improviser le passage des gaines entre deux pauses café, on a pris le temps de dessiner le réseau dans les faux plafonds. Si vous débutez et que vous sentez que le chantier vous échappe, je vous conseille vraiment de jeter un œil à leur méthode : découvrir L'ascension ici.
L'erreur de débutant qui coûte cher (en temps)
Si vous lisez ce carnet, apprenez de ma bêtise. Un dimanche après-midi, je suis allée seule au magasin de bricolage et j'ai sauté sur une promotion : trois rouleaux de gaine souple de 100 mm de diamètre. J'étais toute fière de mon économie. Ce n'est qu'une fois sur le chantier, en essayant de les brancher sur le caisson moteur, qu'on a réalisé le problème. Les standards français pour la VMC sont très précis : il faut du 125 mm pour la cuisine et du 80 mm pour les sanitaires. Mes gaines de 100 mm ne servaient absolument à rien. Elles sont toujours au fond de la cave, comme un monument à mon impatience.
On a donc dû tout racheter et respecter les diamètres pour garantir le débit d'air. Pour une colocation de 5 chambres (un T5), la réglementation (l'Arrêté du 24 mars 1982) impose un débit total minimal de 120 m³/h. Si on ne respecte pas ces tailles de gaines, le moteur force, fait du bruit, et surtout, il n'aspire rien. On a aussi appris à nos dépens qu'il ne faut jamais raccorder une VMC directement dans un vieux conduit de cheminée collectif sans précaution. Dans notre copropriété, les conduits sont anciens et parfois partagés. Si vous envoyez votre air humide dans un conduit bouché ou utilisé par un voisin, vous risquez de créer des refoulements dangereux ou des sinistres. Nous avons dû gainer tout le conduit jusqu'au toit pour être en sécurité.

Le casse-tête du faux plafond
L'autre défi a été de cacher ces fameuses gaines. Dans un appartement ancien avec des moulures, c'est un crève-cœur. On a dû faire des choix. On a créé un « chemin technique » dans le couloir en abaissant le plafond de 20 cm. C'est là que passent tous les tuyaux. Pour les pièces de vie, on a dû être plus malins. Si vous prévoyez de refaire vos murs, c'est le moment de lire mon article sur comment casser une cloison non porteuse pour intégrer vos passages de fluides proprement.
Mon frère et moi avons eu une dispute mémorable sur le passage de la gaine dans la salle de bain. Il voulait la faire passer en apparent dans un coffrage en plastique, je voulais absolument l'intégrer derrière le placo pour que ce soit invisible. J'ai gagné, mais ça nous a coûté un dimanche de travail supplémentaire à visser des rails de fourrure dans des positions acrobatiques. À ce stade, on ne comptait plus nos heures, mais on savait que la qualité de l'air de la future colocation en dépendait.
Le verdict de l'hygromètre
Un dimanche de mai particulièrement pluvieux, on a enfin branché le caisson. Le moteur s'est mis à ronronner doucement dans le faux plafond du cellier. C'est peut-être étrange, mais ce léger vrombissement est le plus beau son que j'ai entendu cette année. J'ai sorti mon petit hygromètre digital que je trimballais partout comme un doudou technique.
En quatre heures, j'ai vu le taux d'humidité passer de 78 % à 52 %. J'ai ressenti un soulagement physique immédiat, une sensation de légèreté dans la poitrine. L'air ne sentait plus la poussière et le renfermé ; il était neutre, frais. On avait enfin gagné la bataille contre le moisi. Bien sûr, ce n'est qu'une étape. Il faudra encore s'assurer que les futurs colocataires ne bouchent pas les entrées d'air sur les fenêtres (un classique...), mais la base est saine.
Si vous vous lancez dans une rénovation similaire, ne négligez jamais la ventilation. C'est invisible, c'est pénible à installer, mais c'est ce qui sauve votre investissement sur le long terme. Et surtout, n'hésitez pas à vous faire accompagner ou à déléguer les percements les plus complexes à un artisan si vous ne vous sentez pas d'attaque. Je ne suis pas pro, et il y a des moments où j'aurais aimé qu'un expert me dise simplement : « Ne touche pas à ce mur-là ». Pour le reste, le cadre de travail de L'ascension reste notre boussole pour ne plus avancer à l'aveugle dans les méandres de l'immobilier.
La semaine prochaine, on s'attaque à la pose du carrelage dans la cuisine. Si mes genoux tiennent le coup, ça devrait enfin commencer à ressembler à un vrai appartement !
Tout ce que je partage ici provient de mon vécu et de mes recherches personnelles. Cela ne constitue en aucun cas un conseil médical, financier ou juridique. Parlez-en à un professionnel qualifié avant d'agir sur la base de ce que vous lisez ici.