Le bail de colocation individuel ou solidaire pour les fonctionnaires

Le bail de colocation individuel ou solidaire pour les fonctionnaires

Un soir de novembre, le froid de Saint-Etienne commençait à s'infiltrer par les fenêtres encore mal isolées de notre futur appart. Mon frère et moi, on était assis sur des seaux de peinture retournés, entourés de sacs de gravats, à éplucher les premiers dossiers de candidats locataires sur un coin de table poussiéreux. C'est là qu'un jeune prof stagiaire nous a envoyé un message pour savoir si notre bail était solidaire ou individuel. On s'est regardés, un peu bêtes, avec mon frère : on savait poser du placo (enfin, presque), mais sur le papier, on nageait en plein brouillard.

Bon à savoir : ce carnet de bord contient quelques liens affiliés. Si vous craquez pour un outil via l'un d'eux, je touche une commission sans que cela ne change votre prix. Je ne partage ici que ce qui nous a vraiment aidés à transformer ce chantier en projet qui tient la route. Je précise aussi que je n'ai aucune formation juridique ou financière. Je passe mes journées à gérer des fiches de paie et mes soirées à poncer des cloisons. Ce que j'écris, c'est mon retour de terrain, pas un conseil d'expert. Si vous avez un doute, allez voir un notaire, c'est leur métier !

Le casse-tête du bail unique avec clause de solidarité

Au début, on pensait faire simple : un seul contrat pour tout le monde. C'est ce qu'on appelle le bail unique. Mon frère aimait bien l'idée de la clause de solidarité. Pour nous, c'est la sécurité ultime : si un colocataire ne paie pas sa part, les autres sont redevables du montant total. C'est un peu le filet de sécurité du proprio. On se disait qu'avec des profs, qui ont des revenus stables, ça ne poserait pas de problème.

Détail de documents juridiques posés sur le sol poussiéreux d'un chantier de rénovation.

Mais en creusant la question mi-février, alors qu'on finissait de poncer les plafonds de la pièce de vie, on a réalisé que pour les locataires, c'est une autre paire de manches. Demander à un jeune prof qui débarque à Sainté de se porter garant pour deux parfaits inconnus qu'il va rencontrer dans la coloc, c'est un peu raide. Surtout que dans notre ville, on est en zone tendue. Cela signifie que le préavis de départ est réduit à 1 mois selon la Loi Alur. Si l'un s'en va, les autres restent solidaires du loyer pendant une période qui peut durer jusqu'à six mois après son départ s'il n'est pas remplacé. Pour un fonctionnaire qui surveille son budget, c'est un risque énorme.

C'est là qu'on a commencé à regarder du côté de l'investissement plus ciblé. J'avais feuilleté Professeurs des écoles : Investissez [Option accessible], et ça m'avait aidée à comprendre que ce public cherche avant tout de la sérénité. Ils ont déjà assez de stress avec leurs classes, ils ne veulent pas gérer les impayés du voisin de chambre.

Le bail individuel : plus de paperasse, moins de stress pour eux

Juste avant les vacances de Pâques, on a changé de stratégie. On s'est dit que le bail individuel était plus juste pour une colocation de fonctionnaires en mobilité. Chaque locataire a son propre contrat. Il loue sa chambre (qu'on doit identifier précisément dans le bail) et a accès aux parties communes. S'il ne paie pas, c'est notre problème, pas celui des autres colocs.

L'avantage pour nous, c'est que ça facilite énormément le recrutement. On n'a pas besoin d'attendre qu'un groupe d'amis se forme. On peut louer la chambre 1 en mai et la chambre 2 en septembre sans que personne ne se sente piégé par la signature d'un tiers. Par contre, côté administratif, c'est la fête. Comme je gère déjà des paies toute la journée, rajouter trois baux, trois états des lieux et trois appels de loyers, ça ne m'enchantait pas plus que ça. Mais mon frère m'a rappelé qu'on avait suivi L'ascension [Coup de cœur] pour structurer notre projet, et que leur méthode sur la mise en location nous aidait justement à automatiser ces parties-là pour ne pas y passer nos dimanches.

On a aussi dû faire attention aux règles du meublé. Pour une coloc meublée, le dépôt de garantie est limité à 2 mois de loyer hors charges. C'est le maximum légal (Article 25-6 de la loi de 1989). On a noté ça soigneusement sur le mur de la cuisine, juste à côté de la liste des courses pour le carrelage. On a aussi appris qu'on pouvait proposer des baux étudiants de 9 mois minimum, mais pour nos profs, on reste sur du classique 1 an reconductible.

Pauline examinant des notes sur la législation locative écrites directement sur un mur en travaux.

L'angle mort de la solidarité pour les fonctionnaires

Il y a un truc auquel on n'avait pas pensé, et c'est ce qui nous a vraiment fait basculer vers le bail individuel. Pour un fonctionnaire, souvent jeune et amené à bouger, la clause de solidarité est un vrai poison silencieux. Imaginons qu'il signe un bail solidaire avec deux autres personnes. S'il veut acheter sa propre résidence principale ou faire son premier petit investissement locatif dans deux ans, la banque va regarder ses engagements.

Avec un bail solidaire, techniquement, il est responsable de la totalité du loyer de la coloc aux yeux de certains prêteurs frileux. Ça peut plomber son taux d'endettement. Pire encore, s'il quitte la coloc mais que son remplaçant ne paie pas, sa solidarité peut être activée. Pour quelqu'un qui veut construire son patrimoine, c'est une épine dans le pied. En leur proposant un bail individuel, on leur offre une protection de leur capacité d'emprunt future. C'est un argument de location super fort quand on s'adresse à des profs.

On a d'ailleurs beaucoup discuté de la méthode pour réussir son investissement locatif avec peu d'apport en finissant la peinture du couloir. On veut que nos locataires soient dans la même dynamique : des gens sérieux qui respectent le lieu parce qu'on respecte leur indépendance financière.

L'organisation du chantier et les petites victoires

Tard le mois dernier, alors qu'on posait les dernières plinthes (une horreur quand les murs ne sont pas droits, merci le vieux bâti stéphanois), on a enfin finalisé nos modèles de contrats. On a décidé de passer par des baux individuels, même si ça veut dire multiplier les dossiers. Pour se rassurer, on s'appuie sur des garanties solides comme Visale ou les cautions spécifiques aux fonctionnaires, souvent proposées par leurs mutuelles. Ça remplace avantageusement la solidarité entre colocs.

D'ailleurs, pour le mobilier, on a dû être malins. On a suivi nos propres conseils sur comment meubler une colocation petit budget pour que chaque chambre soit un vrai cocon indépendant. Bureau, lit double, rangement... chaque chambre doit être "prête à vivre" pour que le locataire se sente chez lui dès le premier soir, sans dépendre de l'ambiance du salon.

Coin bureau aménagé dans une chambre de colocation après rénovation.

Travailler en famille, c'est aussi apprendre à gérer les désaccords. Mon frère voulait absolument le bail unique pour "dormir tranquille", moi je voyais la galère pour trouver des locataires qui acceptent de signer ça. On a fini par trancher : la tranquillité, elle vient de la qualité des locataires et de la clarté des contrats, pas d'une clause qui fait peur à tout le monde. On a passé des heures à comparer les options, parfois en criant un peu au-dessus du bruit de la ponceuse, mais on y est arrivés.

Ce qu'on retient de cette étape administrative

Finalement, choisir le bon bail, c'est un peu comme choisir sa sous-couche : si tu te plantes au début, tout ce que tu mets par-dessus finira par s'écailler. Le bail individuel est plus souple, plus moderne et surtout beaucoup plus adapté aux fonctionnaires qui ne veulent pas lier leur sort financier à des inconnus. C'est plus de boulot pour moi, la "pro des fiches de paie", mais c'est le prix de la sérénité pour tout le monde.

Si vous êtes en train de retaper un appart pour le louer, ne sous-estimez pas cette partie. On se concentre souvent sur la couleur des murs ou le prix du m2, mais le contrat, c'est la structure même de votre investissement. Pour nous, le déclic est venu en utilisant L'ascension [Coup de cœur] qui nous a forcés à voir plus loin que le simple chantier de peinture. On n'est pas devenus des experts juridiques, loin de là, mais on sait maintenant pourquoi on a choisi de faire trois baux plutôt qu'un.

Le chantier touche à sa fin, les pinceaux sont presque secs et les premiers profs visitent la semaine prochaine. On a hâte de voir si toute cette réflexion sur les contrats portera ses fruits. En attendant, je retourne enlever la poussière de plâtre qui s'est logée dans mon clavier, parce que demain, j'ai une vraie journée de bureau qui m'attend !

Veuillez noter :
Tout ce que je partage ici provient de mon vécu et de mes recherches personnelles. Cela ne constitue en aucun cas un conseil médical, financier ou juridique. Parlez-en à un professionnel qualifié avant d'agir sur la base de ce que vous lisez ici.